Un cancer du sein sur 10 concerne la femme autour de la quarantaine

La femme autour de la quarantaine représente environ 10 % de l’ensemble des cancers du sein, et la difficulté pour les médecins est d’identifier les femmes jeunes à risque sans pour autant « déclencher l’alerte rouge », selon des spécialistes réunis à Strasbourg.

« Tout est compliqué chez la femme jeune, à commencer par la définition de cette notion », résume Anne Lesur (centre Alexis-Vautrin, Nancy), chargée du suivi scientifique des congrès de la Société française de Sénologie et de Pathologie mammaire (SFSPM).

Sur les quelque 50.000 nouveaux cas de cancer du sein chaque année en France, à peine 2 % surviennent avant 35 ans (823 cas estimés en 2005), 7 % en dessous de 40 ans (1.565 cas entre 35 et 39 ans). Mais si on monte la barre jusqu’à 50 ans, âge où débute le dépistage systématique, le taux est d’environ 20 % (8.211 cas entre 40 et 49 ans). Ces chiffres sont-ils en augmentation ? « Très peu d’études se sont intéressées à l’évolution de l’incidence chez la femme jeune », répond Florence Molinié (Francim, Nantes). Mais les données du réseau Francim de surveillance des cancers montrent « une augmentation modérée mais régulière » du nombre de nouveaux cas avant 40 ans en France, d’ »environ 13 % sur les 20 dernières années » (1982-2002). Elle s’expliquerait essentiellement par des facteurs gynécologiques, selon les spécialistes : première grossesse plus tardive, moindre nombre de grossesses.

Le cancer de la femme jeune reste rare néanmoins, laissant parfois les médecins incrédules. « Vous n’avez pas l’âge ! », entendent encore trop souvent les femmes qui ont elles-mêmes repéré une petite boule suspecte persistante, déplore le Dr Lesur. « Ce n’est parce qu’il est rare qu’il ne faut pas y penser. D’autant que ça vaut le coup de le diagnostiquer, car on a les moyens de le traiter« , insiste-t-elle. Il faut néanmoins « raison garder », tempère Michèle Escoute, radiologue à l’hôpital Ambroise Paré (Marseille) et « ne pas déclencher l’alerte rouge » avec des examens anxiogènes, comme les biopsies, sans un examen clinique (inspection et palpation) minutieux et une analyse radiologique rigoureuse. Pour compliquer les choses, les femmes jeunes ont des seins plus denses, ce qui nuit à la lisibilité de la mammographie, tandis que l’imprégnation hormonale peut perturber les résultats de l’IRM.

Si le facteur de risque le plus important en population générale reste l’âge, chez la femme jeune c’est l’histoire familiale qui est le facteur prépondérant. 40 % des cas ont des antécédents familiaux. Certaines (7 %), porteuses d’une mutation dans un des gènes majeurs de susceptibilité au cancer du sein (BRCA1 et BRCA2), sont à haut risque et nécessitent une mise sous étroite surveillance dès 30 ans. Elle associe mammographie, échographie et IRM à un rythme annuel et à vie. Mais c’est la partie émergée de l’iceberg. D’autres gènes peuvent être en cause, et l’estimation du risque devient plus complexe.

Les femmes jeunes présentent des formes de cancer plus agressives que leurs aînées, alors même que les interventions mutilantes apparaissent plus difficiles à accepter. Les tumeurs sont généralement de taille supérieure, de croissance rapide, et présentent un envahissement ganglionnaire important. Elles sont aussi un plus grand risque de récidive. Le taux de survie 5 ans après le diagnostic est estimé à 83% pour les femmes jeunes (contre 89% pour les plus âgées). La « bonne nouvelle », indique l’onco-radiothérapeute Bruno Cutuli (Reims), c’est que les progrès dans les traitements du cancer du sein (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie) bénéficient aussi aux femmes jeunes.

Source : AFP

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